Articles de lexen

  • Sur Les Dieux ont soif

    • Par lexen
    • Le 18/01/2022

    Après les journées  de Thermidor, pour toute une société, ce fut comme le temps retrouvé. Dans les dernières pages (chap.29) de son roman historique Les Dieux ont soif, Anatole France, sous couvert de la fiction, décrit ce nouvel aspect de la réalité, allant des codes vestimentaires aux provocations culturelles  des Muscadins.
     

    Auparavant, au long des 28 chapitres précédents, il a fallu suivre l'itinéraire du personnage  principal du livre, Evariste Gamelin, Les dieux ont soif-couverturedéfenseur exalté de Marat, puis,   juré au tribunal, médusé par la métaphysique (chap.13) de Robespierre, dont il va suivre la destinée.

    ______________________

    C'est  lors de la saison théâtrale consécutive à ces évènements de thermidor,   que l'auteur situe la rédaction du  chapitre ultime de son ouvrage. Sous la conduite d'une comédienne, La Thévenin, des protagonistes sont conviés pour un divertissement : ( Elodie et Julie, amante et  sœur   d'Evariste, notamment

    __________________

    « Après  le  dîner,  la  voiture  de  la  Thévenin  conduisit  les trois  amies  et  Desmahis  au  Théâtre  Feydeau. Tout  ce  que Paris avait d’élégant y était réuni. Les femmes, coiffées « à l’antique » ou « à la victime », en  robes  très  ouvertes,  pourpres  ou  blanches  et  pailletées d’or ; les hommes portant des collets noirs très hauts et leur menton disparaissant dans de vastes cravates blanches.
    L’affiche  annonçait  Phèdre  et  le  Chien  du jardinier*»

    * pièce de Lope de Vega

      L'interruption du spectacle par les muscadins, au cours de ce chapitre, n'est pas une invention de l'écrivain qui mettrait en scène une provocation culturelle gratuite  :

    ...........

    « Dans toutes les salles de spectacle on voyait le buste de Marat  élevé  sur  une  colonne  ou  porté  sur  un  socle  ;  au Théâtre Feydeau, ce buste se dressait sur un piédouche, du côté « jardin », contre le cadre de maçonnerie qui fermait la scène. Tandis  que  l’orchestre  jouait  l’ouverture  de  Phèdre  et Hippolyte, un jeune muscadin, désignant le buste du bout de son gourdin, s’écria :

    — À bas Marat !
    Toute la salle répéta :
    — À bas Marat ! À bas Marat !
    Et des voix éloquentes dominèrent le tumulte :
    — C’est une honte que ce buste soit encore debout !
    —  L’infâme  Marat  règne  partout,  pour  notre déshonneur ! Le nombre de ses bustes égale celui des têtes qu’il voulait couper.
    — Crapaud venimeux !
    — Tigre !
    — Noir serpent !

    Soudain un spectateur élégant monte sur le rebord de
    sloge, pousse le buste, le renverse. Et la tête de plâtre tombe en  éclats  sur  les  musiciens,  aux  applaudissements  de  la salle....»

    Ces interventions avaient pour but, parmi d'autres, d'obtenir la dépanthéonisation de Marat dont le buste qui ornait les théâtres  symbolisait la sacralité laïque du jacobinisme :

    Theatre feydeau par courvoisier et dubois

                                        Le théâtre Feydau par Courvoisier  et Dubois

    _____________________

    " le 20 pluviôse, sous la pression muscadine et pour mettre fin au vandalisme des scènes parisiennes, la Convention décide de retirer Marat du Panthéon, quatre mois après l’y avoir conduit, "
    L'étude d"Antoine de Baecque martainville-comique muscadin,  fait état de cette guerre des théâtres avec comme principal meneur de jeu un vaudevilliste politique,  Alphonse Martainville

    Aussi, quand Anatole France, au sortir de la représentation, poursuit,
    « Au coin de la rue de la Loi, ils entendirent des chants et des  cris  et  virent  des  ombres  s’agiter  autour  d’un  brasier. C’était  une  troupe  d’élégants,  qui,  au  sortir  du  théâtre Français,  brûlaient  un  mannequin  représentant  l’Ami  du peuple. Rue Honoré, le cocher heurta de son bicorne une effigie burlesque de Marat, pendue à la lanterne. »
    la fiction romanesque semble ici à l'aune de ce qu'observe et relate l'historien. Antoine de Baecque.

     

  • Romans et Révolution

    • Par lexen
    • Le 13/12/2021
     

     

    Les romans sur la Révolution française, s'ils relèvent  du roman historique, forment, vu l'extension du sujet, comme une entité autonome ayant son propre espace-temps .

    fabrique romanesque/fabula.org

    Un compte rendu plus synoptique de cet ouvrage collectif Les romans de la Revolution met en exergue sa périodisation littéraire   en quatre moments principaux  :

    « Le projet consistait d’abord à établir un corpus des romans ayant pour sujet la Révolution française, et publiés entre 1790 et 1912 :  plus  de  deux  cents  œuvres  au  total,  dont  l’ensemble  ne  prétend  pas  à  l’exhaustivité mais se veut représentatif.  »
    ________________

    " Le corpus commence avec les romans d’émigrés contemporains de l’événement (en particulier ceux d’Isabelle de Charrière, Lettres trouvées dans des portefeuilles d’émigrés, 1793

                            dhs-isabelledecharriere.pdf

    Isabelle de Charriere

    Guilhaumou Jacques. Isabelle de Charrière : Lettres trouvées dans des portefeuilles d'émigrés. 1793. Introduction de Colette Piau-Gillot. Coll. «Des femmes dans l'Histoire ». 1993. In: Dix-huitième Siècle, n°26, 1994.

     

     ou de Sénac deMeilhan, L’Émigré, 1797)

    «Il est français, beau, noble, blessé. Elle est allemande, belle, noble, mariée. Elle le recueille dans son château au bord du Rhin, il la sauve d'un incendie. Ils ne pouvaient pas ne pas s'aimer.

    Product 9782070401451 195x320 1Sous la plume de Sénac de Meilhan, fils d'un médecin du roi, grand serviteur de l'État monarchique, l'anecdote sentimentale devient le révélateur des tensions et des contradictions dans une Europe bouleversée par la Révolution. Car «tout est vraisemblable, et tout est romanesque, dans la Révolution de la France». Des aristocrates en exil sont contraints au travail manuel, certains sont gagnés par les valeurs nouvelles du mérite personnel et par le refus du classicisme à la française. Les frontières idéologiques et les lignes de partage politique sont déplacées par ce roman, publié à Hambourg en 1797, qui voudrait être le substitut d'une histoire de l'émigration .L'Émigré, ce sont ces royalistes qui ont fui une France à feu et à sang, mais aussi tous les exilés qui, loin de chez eux, sont à la recherche de leur identité. »

    jusqu’au roman d’Anatole France, Les  dieux  ont  soif  (1912),  conclusion  ironique  et  distanciée  sur  la  Terreur.  "

    ____________

    En diachronie, les quatre moments  retenus  sont :


    - de  1789  à  1815, "  l’heure  est  à  la  « sidération »  , domine « l’incompréhension face à l’inouï » : la Révolution  est occultée ou mise à distance "


    -de  1815  et  jusqu’en  1848, " C’est l’époque des grandes Histoires de la Révolution (Mignet et Thiers dès la Restauration, puis Lamartine, Esquiros, Louis Blanc, Michelet...)... lecture « bourgeoise » de la Révolution, qui aurait dû prendre fin en 1792. "

    - de 1848 à 1870 - "  la littérature industrielle s’empare du sujet ;  la  Seconde  République  développe  une nostalgie  pour  la  grandeur  héroïque  de  la Montagne ; certains comme Dumas ou Sue cherchent à écrire une légende républicaine pour le  peuple  et  à  « intégrer  la  Terreur  au  processus  révolutionnaire ». "

    - La dernière période, de 1872 à 1912,  est  celle  du  « débat  républicain»   C’est  l’époque  du Quatrevingt-treize (1874) de Hugo, mais aussi du roman d’Élémir Bourges, Sous la hache, « roman crépusculaire » 

    « Sous la hache » est un épisode terrible de la chouannerie vendéenne. L’intérêt n’y manque point, et le style en est d’une couleur savante, quelquefois d’une couleur de sang, comme l’époque qu’il raconte.

    Elemirbourges

    Il y a dans ces pages une puissance sauvage qui fait frissonner, d’admirables paysages peints au couteau, on pourrait dire au couperet. J’ai retenu particulièrement un combat que chouans et bleus se livrent dans une église de village, et qui rappelle, par la fièvre et le mouvement, le fameux combat des blattiers du « Chevalier Des Touches ». (Octave Mirabeau, 1925).
     

     

     

  • Sur Les Onze de Pierre Michon

    • Par lexen
    • Le 19/08/2021

    Si le roman s'invente dans les marges de l'histoire, la littérature parvient, parfois, à modifier la perception de celle-ci.Les onzea

    Il fallait l'imagination de l' écrivain  Pierre Michon,  choisissant de redonner vie à un personnage tel que  Collot d'Herbois, totalement oublié  en tant que comédien et auteur dramatique, pour que celui-ci parvienne à prendre  figure parmi les OnzeInvariables et droits, Les Commissaires, Le Grand Comité de la GrandeTerreur.(page43,Gallimard/Folio,edit.)

     

    ____________________

    Conversation entre Pierre Michon et Jean-Clément Martin


    Lors de cette conversation/video l'historien exprime son étonnement  de la présence de Collot d'Herbois,  et l'écrivain  justifie son approche du personnage. ( à la  12e  minute environ.)

    ___________________

    La suite de ce billet s'attache surtout à offrir une idée d'ensemble de l'ouvrage. plutôt qu'une analyse, ou un propos  d' esthétique picturale.

    ___________________

    Dans cette absoption de l'histoire  par la fiction  un  narrateur anonyme s'adresse à un lecteur virtuel et lui raconte d'abord, sur un mode balzacien, l'enfance du peintre Corentin, limousin né près d'Orléans à Combleux. et qui va trouver l'occasion de peindre ce tableau des Onze, sujet, actant principal  du livre.

    D'où viennent les  personnages historiques représentés ?
     Ils rêvaient de gloire littéraire, étaient poète élégiaque, avocat poète épique, librettiste d'opéra, dramaturge, surpris que le métier d'homme soit commissaire __et non pas auteur.  ( p.52 id., )

    450px comite salut public 1                     Le Comité de salut public, an II.
                 Aquarelle anonyme, Paris, 
    BnF, , vers 1793-1794.

    Le rôle de Collot

    Ainsi  Collot, à qui est dévolu  un rôle privilégié dans la commande de ce tableau à Corentin durant la nuit du 15  nivôse an II.

    Ayant tout à craindre des  incertitudes politiques du moment, Collot et d'autres Commissaires veulent disposer d'un joker permettant de conjurer le sort. L'image par elle même célébrant aussi bien la victoire des robespierristes,  que stigmatisant leur défaîte.

    C'est un trio composé de Collot d'Herbois, Léonard Bourdon, et Proli le mécène de l'affaire, l'homme aux mains d'or, le banquier des patriotes (p.83,id.) qui  passe cette  commande insolite :

    " Peins Le Grand Comité de l'an II. Le Comité de salut public. Fais-en ce que tu veux : des saints, des tyrans,  des larrons, des princes. Mais mets-les tous ensemble " (p.89, id.) .

    ________________

     Le dernier chapitre du roman, comme d'une écriture palimpseste, efface ce récit.

    Que s'est-il réellement  passé durant cette nuit du 15 nivôse, d'ailleurs était-ce vraiment la nuit ? Il n'en resterait que les effets scéniques de trois personnages qui sont des types : Collot dans le rôle de Macbeth, Bourdon en Iago, Proli en Shylock (p.118,id.). Dans une dernière évocation des Onze sous forme de masques, Collot apparaît  suspendu au-dessus de sa pyramide  des collets renversés (p.129,id.)

    Le livre se termine  par une rêverie autour de Michelet et s'achève en méditation sur l'Histoire.  Les douze pages de l'historien qui sont évoquées, purement fictives, semblent sortir d'un tableau de Caravage et non pas de Tiepolo. (p.120,id.)

    Sur le personnage de Corentin.

      Corentin le peintre, écrit le narrateur, travaille au Comité  des arts  dans l'atelier de  David. S'il est un maître, sa manière relève d'un ancien monde tiepolien, obsolète, que David méprise à l'égal de Fragonard et de Greuze. 

     C'est avec un grand fou rire intérieur (p.88 id.)  que Corentin exécute sérieusement des lubies voulues par David.

    _________________________

    Telechargera

    Comité de surveillance révolutionnaire de la section parisienne de l’an II, d’après Jean-Baptiste Huet. (Bibliothèque nationale de France, Paris)) On y voit des sans-culottes interroger un vieux citoyen qui exhibe un certificat de civisme...

     

     

     

     

  • Théâtre Romantique-Drame

    • Par lexen
    • Le 02/03/2021

    Théâtre romantique-Drame

    Tableau historique de ce mouvement

    par l'historien Alain Couprie

    hernani

    La bataille d'Hernani à la Comédie-Française le 25 février 1830, 1909 - Paul Albert Besnard

    Le drame romantique, dans l'histoire du théâtre,  comme mouvement littéraire, ne fut qu'épisodique :
    " Promis à une longue vie, le drame romantique aura pourtant une courte existence, d'à peine vingt ans "*

    *Alain Couprie, Le Théâtre © Armand Colin, Paris, 2009, 2015, p.110-111 .
      Ses principales manifestations se trouvent rassemblées par l'auteur dans le tableau ci-dessous. Encore faut-il distinguer les textes à visée théorique,  les pièces représentées et les auteurs choisis.

    CouprieaCouprieb

     

    Les exemples traditionnels de textes théoriques sont ceux de Stendhal : Racine et  Shakespeare (I et II ), 1823-1825, de Hugo : la préface de Cromwell (1827), et de Vigny, une Lettre à Lord [...] sur le système dramatique, , (1829).

    Pour ce segment, seul Vigny  associe à sa préface la représentation d'une pièce.

     Les auteurs cités sont principalement :

    -Hugo,  figurant à sept reprises dans ce récapitulatif,  de Hernani en 1830 aux Burgraves en 1843

    Angelo tyran de padoue drame maleuvre paris 1

     

     

     

     

     

    Costume de Melle Mars  rôle de la Thisbée dans Angelo tyran de Padoue Acte I- bnf-

     

     

     

    - Les trois pièces mentionnées de Vigny sont : en 1829 le More de Venise et sa préface à Lord [...] ,  en 1831 la Maréchale d'Ancre, et Chatterton en 1835.

    - de Dumas  ne sont retenues que trois pièces : Antony, 1831,  Catherine Howard, 1834,  et Kean, 1836.

    L'absence de Henri III et sa cour étonne, représenté pourtant  en 1829, un an avant Hernani, et parfois considéré comme le premier drame romantique ( il est vrai, sans la caution d'une  théorie)

    Victor hugo romantics

    Lithographie de De Barray, intitulée  "Les romantiques chassés du temple" et publiée dans La Caricature provisoire, n°8, décembre 1838.

    http://www.caricaturesetcaricature.com/article-10262225.html

    Mérimée avec le Théâtre de Clara Gazul 1825, Musset avec Les Caprices de Marianne 1833 et Lorenzaccio 1834, complètent ce tableau.
    Ces deux auteurs relèvent également d'un genre parallèle, sinon marginal, celui du théâtre lu, du spectacle dans un fauteuil.

    Après l'échec des Nuits Vénitiennes en 1830, Musset ne s'exprimera, comme auteur dramatique, que dans la Revue des deux Mondes, jusqu'en 1847. Selon le mot d'un historien,  les boulevardiers font la sourde oreille, ne  voyant dans les publications de l'écrivain que des "nouvelles" dialoguées, au grand dam de Théophile Gautier déclarant que c'était là du vrai théâtre.

     

    Lire la suite

  • Théâtre et Révolution

    • Par lexen
    • Le 21/01/2021

     Aperçu

    De Beaumarchais à Jean-Louis Laya

    Le Mariage de Figaro en 1784. met un point final à la   comédie politique du 18e siècle, sous l'ancien régime.

    Personnages du mariage de figaro

    Scène du Mariage de Figaro avec Chérubin, Fanchette et Figaro, au  Théâtre-Français, 1784 (Bibl. de l'Arsenal.)

    Selon le point de vue d'un historien du théâtre * " par dessus la comédie larmoyante, c'était un retour à la vieille tradition ; mais c'était aussi le suprème effort de la comédie classique, réussissant, après plus d'un siècle, à discuter sur le théâtre les intérêts de l'État " .

    * Léon Levrault, La Comédie (evolution du genre) p.97,ed. Delaplane ,  

    ______________

    Depuis son Essai sur le genre dramatique sérieux , préface à son drame d'Eugénie. Beaumarchais se voulait  novateur en adoptant les idées de Diderot. Dans  l'une des assertions  de son discours il relève  :

    "
    Que me font à moi, sujet paisible d’un État monarchique du dix-huitième siècle, les révolutions d’Athènes et de Rome. Quel véritable intérêt puis-je prendre à la mort d’un tyran du Péloponnèse ? "

    Reques10figaro

     Conscience heureuse qui trouvera bientôt ses limites dans le théâtre de la Révolution . La tragédie n'étant plus réservée aux princes  gagne le peuple. L' exemple de l'Ami des Lois, pièce militante,  symbolise le climat conflictuel de la société  :

    " L'ami des Lois, de Jean-Louis Laya, fut un événement politique. Il fut représenté le 2 janvier 1793, pendant que le procès de Louis XVI avait lieu à la  Convention." (Léon Levrault)
    ___________

    403aa
    Le succès est retentissant, mais après quatre représentations la pièce est suspendue, puis un arrêté d'interdiction est placardé le 12 janvier. Décrets pour et contre la pièce se succèdent. La Convention nationale s'opposant au Conseil  éxécutif. Jusqu'au 4 février le public réclame la pièce. Les comédiens, prudents, renoncent , n'exigez pas  les représentations d'un  ouvrage dont les suites pourraient nous être funestes déclare l'acteur Dazincourt

    Enfin,désignés dès lors à la proscription, les Comédiens Français furent, dans la nuit du 3 au 4 septembre, jetés dans les prisons, et restèrent près d'une année entre la vie et la mort. Louis Laya, décrété d'accusation, fut mis hors la loi, et obligé de se cacher pendant toute la durée de la Terreur." * 
    * Réf : Louis Moland, Introduction au Théâtre de la Révolution , ed. Garnier frères 1877
    ______________

    Après la tourmente, renaît l'envie de divertissements plus légers.
    L'intermède du comique vaudevillesque et  parodique de Madame Angot , Opéra comique en deux actes joué sur le théâtre d' Èmulation l'an V (1796),  signifie plus l'épuisement d'un  genre que son renouvellement.

  • L. Spohr op 36/Méhul/Lully/T.F.

    • Par lexen
    • Le 31/12/2020

     

    ,

    Les variations de Louis Spohr op. 36 sur un thème de Méhul, Je suis encor dans mon printemps ( référence ci-dessus) n'ont qu'un rapport indirect avec le théâtre de foire.
     Pourtant, u
    ne édition de 1821 du théâtre choisi de Lesage,
    établit une équvalence entre l'air , Mon père je viens devant vous, (timbre du T.F.) et Je suis encore dans mon printemps  *File 1 page 1

        L' éditeur  justifie cete équivalence dans l'avertissement qui précède le supplément musical figurant à la fin du volume  de 1821 :

    choix de pieces du theatre de foire .

    Ce qui,  pour l'exemple concerné , renvoie en première occurence à l'Acte II, scène I d'Arlequin Roi de Serendib  :

    " Le theâtre represente le plus bel appartement du Sérail /SCENE PREMIERE/ ARLEQUIN, avec son turban Royal, et un tonnelet.

    UN CUISINIER , ARLEQUIN
    AIR 019
    Mon père, je viens devant vous ou Je suis encor dans mon printemps (d'une Folie ) .  "

    https://www.litterature-comedie.com/pages/airs-a-la-suite/arlequin-roi-de-serendib/#page4

    Une autre source fait de ce refrain populaire, de ce fredon,  la parodie d"un air d"opéra, extrait de Cadmus et Hermione, de  Lully :

    Cadmusabcadmus.jpg (76.61 Ko)

    Parodies d'Opéras page 31

    ______________________

     Par ailleurs,  pour ce qui  est des airs notés, on peut consulter la base de données théâtre et vaudevilles du site  Théaville.org :

    http://www.theaville.org/kitesite/index.php?r=vaudevilles/afficher&ref=confiteor

     

    __________________________

     

     

     

     

  • Turcaret en question

    • Par lexen
    • Le 23/12/2020

     Comédie en cinq actes de Le Sage. 

    Turcaret, pour le dictionnaire dramatique de Laporte et Chamfort en 1776, cette pièce parait anachronique. L'entrée Turcaret se résume à quelques lignes plutôt ironiques :


     
    " Sous le point de vue le plus comique Le Sage nous présente, dans Turcaret, tous les souterreins, les ressources, le manège, les folles dépenses, les amours insensées, la fausse grandeur, les profusions, les airs, le ton, la fatuité, la sottise des gens d'affaires & des nouveaux parvenus. Les Financiers de ce temps, a dit un homme d'esprit, se sont si considérablement éloignés du caractère joué & bafoué par l'auteur,  qu'ils peuvent en rire aujourd'hui avec le public, comme d'un ridicule entièrement étranger à leur état."

    Turcaret visuel 2

                                 

    Le Sage lui-même dit avoir manqué le caractère de Turcaret.  Dans la critique de son propre ouvrage, il prend comme porte-parole deux   personnages du Diable boiteux :  

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8615757k/f173.item

    ( le lien renvoie directement à la spirituelle critique de Turcaret   par le diable boîteux ) édition de 1709.

    " ASMODÉE. (...) venons au caractère de Turcaret. Qu'en dîtes-vous?

    DON CLÉOFAS. Je dis qu'il est manqué, si les gens d'affaires sont tels qu'on me les a dépeints. Les affaires ont des mystères qui ne sont point ici développés. "

    ________________________

     

    Kuenstler ak turcaret du jour_____________

    Parmi les nombreux commentaires axés principalement sur le financier sans scrupules, l'auteur, P.V.T., Philippe Van Tieghem, dans le Dictionnaire des Personnages collection Bouquins Laffont, ne se limite pas à ce seul aspect et nuance le propos :

    "Cependant à la fin de la pièce, ruiné, il apparaît au milieu de tous les fourbes qui le grugent comme le seul personnage sympathique: il est en effet le seul à éprouver un sentiment sincère et profond : il aime naïvement la baronne avec une entière bonne foi. "

     

     

  • Rire de Molière / M.Edwards

    • Par lexen
    • Le 17/10/2019

    Dans Le Rire de Molière¹ Michael Edwards   indique le cheminement qui l'a conduit à écrire cet ouvrage : " Étudiant Molière à Cambridge, j'étais étonné de trouver qu'il ne ressemblait pas (...) au Molière que l'on enseignait et qui paraissait dans les nombreux  livres de critique que je compulsais. (...)

    Riremoliere/Edwards

    Je me perdais dans les profondeurs très variées des «grandes» pièces, au-delà de toute satire, de toute «comédie de mœurs» ou « de  caractère», notant, ici, la beauté poétique de l'écriture, ou, là, le fait  que dans le Misanthrope, le « raisonneur» Philinte n'a pas moins tort qu'Alceste et qu'il est tout aussi risible. "
    __________________________

    Hors  des classifications traditionnelles l'essayiste affirme sa liberté de jugement.
    ____________________

    Quelques lignes de la quatrième de couverture résument l'une de ses idées principales   : " Un constat s'impose : on a  tiré Molière du côté du drame, on l'a joué comme Ibsen ou Tchekov, dans l'idée, peur-être, que la gravité, la tristesse et la mélancolie constituaient un label suprême de qualité. "

    Pour faire image, ainsi montrés, ces habits neufs semblent recouvrir un ancien corps de doctrine   qui remonte au 18e siècle, période qui vit prendre essor la comédie dite sérieuse, sous l'impulsion d'auteurs dramatiques, tels, Philippe Néricault Destouches, La Chaussée , Diderot , annonçant  le drame bourgeois.

    Pour la période romantique, M. Edwards, relève ces vers d'  Alfred de Musset, assistant à une représentation du Misanthrope,   ²  ( 1840- Une soirée perdue). "Quelle mâle gaîté si triste et si profonde,/Que, lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer ! "

    Le poète s'autocritique pour avoir ri quand il aurait dû pleurer ; non pas qu'il fût tellement sensible, mais déjà s'installe, dans la négation du rire la légitimité culturelleMus muse
    de la
    haute comédie chez Molière. 

    Attitude paradoxale, si l'on connait , par ailleurs, le génie d'auteur dramatique de Musset, dans la lignée de Marivaux, pour certaines pièces. 


     

    Quoi qu'il en soit, les mises en scènes contemporaines allant jusqu'à l'affirmation du tragique en matière de comédie, demandent plus à être comprises que jugées, et les observations historiques, à cet égard, ne sont  peut-être pas inutiles.

    _____________________

    Un autre aspect de l'ouvrage porte sur le lien entre la littérature et la musique. Lors des  comédies ballets,  Michael Edwards souhaiterait entendre de nouveau la musique de Lully. Cette intention tient à l'idée même du livre, celle du rire avec, à quoi la musique devrait contribuer pleinement, apportant au théâtre de Molière un climat de féérie quasi shakespearienne. On ne peut que le souhaiter.

    L'expérience a été tentée à l'occasion du deuxième centenaire  de la Comédie française, et selon les témoignages, la surcharge lullyste a eu surtout pour effet de ralentir le spectacle. Entre restitution et modernité, il reste à trouver la juste mesure.

    ¹ © Éditions de Fallois, 2012

    ²  Page 137

     

  • Sur l'Impromptu de Versailles

    • Par lexen
    • Le 02/10/2019

    L'interprétation contemporaine a transformé en objet théorique l'Impromptu de Versailles, que Molière tenait  pour une pièce de circonstance. Il n'en demanda pas lui-même le privilège d'  impression, et elle figure seulement dans les œuvres posthumes en 1682. ¹

    F. Boucher L'impromptu

                                  F. Boucher, l'Impromptu

    Outre ces aléas de publication, la discontinuité des représentations est également curieuse à suivre . 

    La notice de présentation du deuxième centenaire de la fondation de la Comédie Française évoque ces impedimenta :
    "Quant à l'Impromptu de Versailles, [ dit, en 1880, l'auteur de la notice qui annonce  cette cérémonie ] , ce sera, depuis la mort de Molière, sa troisième représentation, et, circonstance assez bizarre, c'est précisément l'acte dont la Comédie Française fête l'anniversaire, la lettre de cachet par laquelle Louis XIV ordonnait la jonction des deux troupes, qui a surtout déterminé son exclusion du répertoire."

    L'impromptu de Versailles ; Le Bourgeois gentilhomme / [de Molière]. Précédés d'une Notice / par P. Regnier,.... Et d'Un à-propos en vers / par F. Coppée,... | Gallica  p. XVI / XVII

    _________________________

    Plus récemment, l"archiviste de la Comédie Française Agathe Sanjuan  note que la Critique de l'Ecole des femmes ne fut plus représentée de 1700 à 1835

    La critique de l ecole des femmes par lalauze

    "Son sort est pourtant meilleur que celui de l'Impromptu de Versailles (...) que les comédiens n'ont pas fait entrer au répertoire  avant 1838 "

    moliere-oeuvre-critiqueecolefemmes2010.pdf


     L'Impromptu, en effet, est remis en scène  en mai 1838 par l'acteur Samson ; mais "après une seconde représentation , la pièce est encore une fois abandonnée " et il faut attendre 1880 , lors du jubilé dramatique, pour qu'un acteur de renom reprenne "un rôle qui jusqu'à nos jours n'aura eu que trois interprêtes, Molière, Samson et Coquelin".

    _______________
    ¹  Notice  sur l'Impromptu de  Versailles  de Georges Forestier et Camille Bourqui. Oeuvres complètes de Molière, Biblothèque de la Pléiade tome II.-Pages 1601/1613-

     

     

  • Sur le terme «comédie»

    • Par lexen
    • Le 15/03/2019

     Le terme  comédie , en un sens  vieilli, signifie  toute pièce de théâtre. Plus généralement, hors du théâtre, Il s'applique à divers domaines  , et pour ne prendre que quelques exemples , à l'épopée, à la fable, au roman  :

    - au poême épique,

    avec la Divine Comédie  de Dante .

    Dante et la divine comedie


    L'un des traducteurs de l'Enfer, Rivarol, remarque dans sa présentation  :
    " Dante n'a pas donné le nom de comédie aux trois grandes parties de son poëme, par ce qu'il finit d'une manière heureuse, ayant le Paradis pour dénoûment, ainsi que l'ont cru les commentateurs : mais parce qu'ayant honoré l'Enéide du nom d'ALTA TRAGEDIA, il a voulu prendre un titre plus humble, qui convint mieux au style qu'il emploie, si différent en effet de celui de son maître "

    _____

    - à  la fable ,

    chez La Fontaine,
                 "Une ample  comédie à cent actes divers
                     Et dont la scène est l'univers"
     et  selon ce qu'affirme un historien du fabuliste, ¹

     "Entre la Divine Comédie  de Dante  et  la  comédie humaine encore à venir de Balzac, s’insère celle (de La F.) plus furtive mais plaisante et méritant pourtant d’être prise au sérieux, parce qu’elle reflète, gaiement, la société de cette époque avant La Bruyère. La fusion du théâtre avec la fable élève cette dernière au même niveau que celui qu’atteignent alors les pièces classiques, promotion qui l’anoblit."

    ______

    - au roman,

    quand en 1845  Honoré de Balzac décide de réunir toute son ɶuvre sous le titre : la comédie humaine .
    Dans son avant-propos, Balzac romancier, admirateur de Walter Scott,  prend cependant pour modèles  des auteurs dramatiques :
    " Peu d’œuvres donne beaucoup d’amour-propre, beaucoup de travail donne infiniment de modestie. Cette observation rend compte des examens que Corneille, Molière et autres grands auteurs faisaient de leurs ouvrages : s’il est impossible de les égaler dans leurs belles conceptions, on  peut vouloir leur ressembler en ce sentiment."

    _____________

    ¹ Collinet Jean-Pierre, « La Fontaine et ses « deux faces » , Dix-septième siècle,  https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2010-1-page-177.htm