Les Onze de Pierre Michon

  • Par lexen
  • Le 19/08/2021

Si le roman s'invente dans les marges de l'histoire, la littérature parvient, parfois, à modifier la perception de celle-ci.Les onzea

Il fallait l'imagination de l' écrivain  Pierre Michon,  choisissant de redonner vie à un personnage tel que  Collot d'Herbois, totalement oublié  en tant que comédien et auteur dramatique, pour que celui-ci parvienne à prendre  figure parmi les OnzeInvariables et droits, Les Commissaires, Le Grand Comité de la GrandeTerreur.(page43,Gallimard/Folio,edit.)

 

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Conversation entre Pierre Michon et Jean-Clément Martin


Lors de cette conversation/video l'historien exprime son étonnement  de la présence de Collot d'Herbois,  et l'écrivain  justifie son approche du personnage. ( à la  12e  minute environ.)

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La suite de ce billet s'attache surtout à offrir une idée d'ensemble de l'ouvrage. plutôt qu'une analyse, ou un propos  d' esthétique picturale.

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Dans cette absoption de l'histoire  par la fiction  un  narrateur anonyme s'adresse à un lecteur virtuel et lui raconte d'abord, sur un mode balzacien, l'enfance du peintre Corentin, limousin né près d'Orléans à Combleux. et qui va trouver l'occasion de peindre ce tableau des Onze, sujet, actant principal  du livre.

D'où viennent les  personnages historiques représentés ?
 Ils rêvaient de gloire littéraire, étaient poète élégiaque, avocat poète épique, librettiste d'opéra, dramaturge, surpris que le métier d'homme soit commissaire __et non pas auteur.  ( p.52 id., )

450px comite salut public 1                     Le Comité de salut public, an II.
             Aquarelle anonyme, Paris, 
BnF, , vers 1793-1794.

Le rôle de Collot

Ainsi  Collot, à qui est dévolu  un rôle privilégié dans la commande de ce tableau à Corentin durant la nuit du 15  nivôse an II.

Ayant tout à craindre des  incertitudes politiques du moment, Collot et d'autres Commissaires veulent disposer d'un joker permettant de conjurer le sort. L'image par elle même célébrant aussi bien la victoire des robespierristes,  que stigmatisant leur défaîte.

C'est un trio composé de Collot d'Herbois, Léonard Bourdon, et Proli le mécène de l'affaire, l'homme aux mains d'or, le banquier des patriotes (p.83,id.) qui  passe cette  commande insolite :

" Peins Le Grand Comité de l'an II. Le Comité de salut public. Fais-en ce que tu veux : des saints, des tyrans,  des larrons, des princes. Mais mets-les tous ensemble " (p.89, id.) .

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 Le dernier chapitre du roman, comme d'une écriture palimpseste, efface ce récit.

Que s'est-il réellement  passé durant cette nuit du 15 nivôse, d'ailleurs était-ce vraiment la nuit ? Il n'en resterait que les effets scéniques de trois personnages qui sont des types : Collot dans le rôle de Macbeth, Bourdon en Iago, Proli en Shylock (p.118,id.). Dans une dernière évocation des Onze sous forme de masques, Collot apparaît  suspendu au-dessus de sa pyramide  des collets renversés (p.129,id.)

Le livre se termine  par une rêverie autour de Michelet et s'achève en méditation sur l'Histoire.  Les douze pages de l'historien qui sont évoquées, purement fictives, semblent sortir d'un tableau de Caravage et non pas de Tiepolo. (p.120,id.)

Sur le personnage de Corentin.

  Corentin le peintre, écrit le narrateur, travaille au Comité  des arts  dans l'atelier de  David. S'il est un maître, sa manière relève d'un ancien monde tiepolien, obsolète, que David méprise à l'égal de Fragonard et de Greuze. 

 C'est avec un grand fou rire intérieur (p.88 id.)  que Corentin exécute sérieusement des lubies voulues par David.

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Comité de surveillance révolutionnaire de la section parisienne de l’an II, d’après Jean-Baptiste Huet. (Bibliothèque nationale de France, Paris)) On y voit des sans-culottes interroger un vieux citoyen qui exhibe un certificat de civisme...