D'une origine de la comédie

Après l'idéal, la réalité, affirme un historien de la littérature *. Après les chansons de geste héroïques et les poèmes arthuriens mystiques et passionnés, les fableaux (ou fabliaux) plaisants .

 Ceux-ci, divers et multiples, railleurs voire licencieux, sont une des sources de la comédie, les uns entièrement orignaux, d'autres empruntant leurs sujets à la société contemporaine.

Le plus grand nombre, nés sous d'autres cieux, se trouvaient dans les livres saints ou les auteurs de l' antiquité profane, Ovide, Pétrone, Apulée, etc. Différents recueils sortaient de l' Orient, comme du premier berceau des contes et des paraboles.

Laissons s'exprimer cet historien, A. Henry :« Comment nous sont donc parvenus de si loin ces contes joyeux qu'on a spirituellement comparés à une rieuse troupe de " bohémiens qui parcourent l'Europe en chantant et se multipliant au hasard sur la route?"

tropaire st martial de limges

Image : jongleurs et menestrels tropaire st martial de Limoges 11e s

Leur marche est assurément curieuse à suivre. Bysance, les Arabes de Syrie, les Arabes et les juifs d'Espagne furent les principaux intermédiaires entre eux et nous. Ils arrivèrent à Bysance par la Perse et la Syrie ; puis de là sous forme grecque, ils se répandirent peu à peu en Occident, dans la Grèce proprement dite et dans l'Italie méridionale, qui dépendit au reste du Bas Empire jusquà la conquête normande.

Ainsi nous est venu notamment un livre qui, par sa forme au moins, rappelle tout de suite les Mille et une Nuits, le Roman des sept sages, où les interlocuteurs, pour sauver de la mort un jeune prince injustement accusé par sa marâtre, racontent pendant sept jours toutes sortes d'anecdotes.(...) Molière a pu trouver là l'idée première de son George Dandin.
De L'Espagne nous est venue la Disciplina cléricalis d'un juif aragonais converti,
Pierre Alphonse, écrite aussi vers la fin du douzième siècle. L'œuvre contenait également des contes indiens mêlés capricieusement de conseils pratiques sur l'art de bien diriger sa vie. On la fit passer presque aussitôt en français avec ce titre : la Discipline de Clergie ou le Castoiement d'un père à son fils.
Enfin les croisés recueillirent en Syrie, de la bouche même des musulmans, un grand nombre de récits de même origine que les précédents.

maitre pathelin

 

Jmage : Maitre Pathelin

(...)On a vu plus haut que la plupart de ces contes étaient de provenance orientale, et qu'ils circulaient, soit en traduction, soit oralement, dans toute l'Europe. La France ne les avait donc pas connus avant ses voisins ; et pourtant il est certain que les récits qu'en firent nos trouvères furent vivement goûtés en Italie, en Angleterre et en Allemagne, que Boccace et Chaucer, pour ne citer que ceux-là parmi beaucoup d'autres,les ont dans l'occasion traduits ou imités.»

Note :
*  A. Henry, Histoire de la Littérature Française,Paris, librairie classique Eugène Belin, 1897 Pages 107-112

 

Date de dernière mise à jour : 31/08/2018